20/04/2006

Au coeur des jonquilles

J'me retrouvais au milieu de ces jonquilles géantes qui détournaient la tête. Tirant sur mon froc, réajustant ma cravate, j'inspirais une longue goulée de cet air surchargé de senteurs (l'air est toujours chargé de senteurs dans une autofiction), cherchant la sortie du jardinet.

 

On ne pouvait me faire pire coup que cette translation spontanée à l'écart de l'action. La porte vermoulue qui crevait le mur de pierres irrégulières (elles le sont toujours) plus haut que le sommet de mon crâne ne résista pas longtemps à mes coups d'épaule (j'aurais pu rajouter furieux, mais ç'aurait été trop).

 

Dehors, une rue de Djakarta m'attendait, avec ses pousse-pousse, sa circulation fluide et pétaradante dans le désordre d'un pays sans voirie ni feux rouges. Le parfum des jonquilles avait fait place aux vapeurs d'essence et à la chaleur de l'asphalte fondu...

 

La suite viendra. A moins que vous ne la proposiez vous-même, ultime visiteur-se ?

 

Ming

D Day

Abruti par une bonne heure et demie de lecture de blogs,  ici, ici ou , bref, j'en sais plus rien, les ruelles du cerveau boueuses, les lunettes arrières passées à l'avant et les chicots dans la graisse d'oie. Pour autant, l'intensité du champ est extrême, mais sans tonalité précise, comme si le métronome cherchait son rythme, explorant toute la plage du disponible.

 

Mais glissons. C'est aujourd'hui qu'il faut que j'me bouge, que j'aille voir mon chef, que je lui parle sincèrement, franchement, d'homme à homme : "alors, Robert, mon contrat, c'est pour quand ?" Et lui, bonnasse, je vois ça d'ici, "tu fais bien de me poser la question, j'en parle au-dessus". Sourire en coin, doigt pointé vers le mur ouest, on sait de qui il s'agit. Oulah, ça part mal. Décorum pas facétieux. Pourtant, avec ses lunettes cul de bouteille, sa façon d'enrouler sa main sur la mienne quand il salue, ou de glisser une main affectueuse sur mon épaule quand j'arrive, voûté et rasant les murs (normal, à 11h00 du mat tapantes, pas simple d'affirmer tous les jours que c'est à cause du métro), il a l'air vraiment sympa, le Robert. Bon, je vais pas vous seriner avec lui.

 

Ah, tout de même, pendant la négo de salaire, j'l'ai bien manoeuvré le Roro ! Il s'est laissé flancher comme s'il en avait rêvé toute sa vie de mammifère marin ! Mais j'sais pas pourquoi, il me paraît plus redoutable maintenant qu'au départ. Deux mois dans ces locaux grisâtres, ça use. La sensation d'inutilité qui s'insinue, l'ennui qui se distille, ces relations feutrées qu'on ferait tout pour éviter, mais qu'on peut pas, bien sûr, c'est ça la gigue crétine de la nounou entreprise, tout ça parce qu'on a la langue pendante et la bave aux lèvres à l'idée du contrat, la perspective de cette cage bien peinarde ousqu'on aimerait continuer à couler des jours pas vraiment paisibles mais disons peinards. La sé-cu-ri-té ! Ouaips, à vingt balais j'me s'rais ri au nez ! Mais là, pfiou, j'préfère encore la perfusion salariale à la grande giclée bimestrielle à compte d'auteur. Bon, keske j'disais ? La suite arrive, j'vous dis.

 

Ming

15:05 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Journaux personnels

19/04/2006

Nouvelle naissance

Eh ben voilà. Six mois de présence sur le blog et je découvre que tous les commentaires étaient bloqués depuis le départ. Non que je me sois jamais attendu à une avalanche de remarques sur ma prose mais tout de même, de quoi me suis-je privé en n'offrant pas cette possibilité à la tribu restreinte des baladins sur ces terres désolées ?

Je suis une branque côté techno. La preuve !

Mais cela va-t-il changer le cours des choses ? Finalement, vivons cachés etc... J'aimais bien cette idée d'un petit coin d'intimité sur le Oueb. Bien d'autres occasions d'ouvrir sa grande gueule dans le monde réel. Ici au moins, on était entre soi. Alors pourquoi ouvrir ces commentaires ?

Boarf, on verra bien.

02/03/2006

Obscurité

Trop ou pas assez ? Les deux, mon capitaine ! En ces temps d’universalisme crétin (de Georges Bush à Charlie Hebdo) ou d’étroitesse d’esprit caractérisée (Houellebecq pleurnichard, Sarko revanchard), il est urgent de relire " l’Aventure ambigüe " de Cheikh Hamidou Kane.

Pas seulement parce que voilà le plus beau titre de la littérature mondiale : qui ne serait tenté d’ouvrir un tel livre ? Ce qu’on y lit, en dépit de quelques passages un brin rétro sur le colonialisme, vibre profond et grave comme une musique sans âge.

La peur est génétique, dit-on : celle de ne plus voir le jour revenir, depuis le temps des cavernes et des errances savaneuses de Lucy et ses copains. L’Aventure ambigûe éveille ce souvenir enfoui. Le jour a disparu. Mais la nuit nous accueille. Faut-il en avoir peur ? Pourquoi Dieu serait-il tout de lumière nimbé ? Voici qu’apparaît la figure du Dieu de l’ombre…

Inquiétante. Certes oui. Ambigûe, donc. Le Cheikh nous invite à ouvrir les yeux dans le noir plutôt que les fermer dans la lumière. Ça fout la trouille, hein ? Et si c’était la mort ? C’est un pari. Pas celui de Pascal, raisonnable et calculateur. Non, celui du Noir, du Vide et du Néant : ces choses écrasantes, auxquelles nous n’avons d’autre choix que de nous remettre.

Dans cette histoire de réassurance éternelle, on n’est pas obligé de rêver de la lumière pour ne plus avoir peur. Surmonter l’effroi, plutôt que le repousser : c’est peut-être ça, la leçon du Cheikh. Mais Allah non plus n’est pas obligé…

Savoir qu’on est fait d’ombre et de lumière, ça n’a l’air de rien. Sauf que c’est essentiel. Et ici, c’est magnifiquement écrit, cette histoire sans âge, vieille comme le monde. Non, pardon, comme nous.

Ming

13:20 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Ecrire-ecriture

01/03/2006

Tout là-bas

La littérature ? Quelques fragments d’un réel plus ou moins partagé. Visions, ressentis, expériences ou anecdotes vécues, passées au prisme d’individualités différentes.

Mais que ressentons-nous de ce qu’un autre a ressenti ? Rien, peut-être, de ce qu’il a voulu exprimer. L’un parle de son chat, l’autre pense à sa grand-mère... L’un raconte Anne-Sophie, l’autre se souvient de Jean-Marc. Qu’est-ce qui rapproche donc l’auteur de son lecteur ? Un bout de papier ? Un acte d’achat ? Rien ?

Osons le Rien : il reste toujours l’effort de l’un pour comprendre l’autre et l’effort de l’autre pour être compris. Leur plus petit dénominateur, c’est cet horizon que tous deux perçoivent. L’un y projette ses images. L’autre y distingue des formes. Comme au cinéma : au fond, tout ce qu’on a de commun avec son voisin de place, c’est cet écran blanc, prêt à s’animer.

Le Rien est nu. Mais la nudité appartient au désir. Il faut y croire à cet écran et à ce qui s’y passe. Il faut les désirer, ces formes qui surgissent du Rien. Il y faut de l’amour. En son absence, l’écran reste vide. Les mots se font plats. Les nuages ne parlent plus. La terre carte postale.

La fiction, au fond, ne raconte qu’une seule chose : il y a quelque chose là-bas, hors de soi, loin peut-être ou tout près. Et on ne sait jamais quoi. Cela suffit, ce mystère, de l’autre ou de soi, pour susciter le désir. Je ne sais pas ce que c’est que " l’art ". Pour moi, cette définition me suffit : autre chose.

Je vous dirai demain quel est le contraire d'autre chose

Ming

 

 

22/02/2006

Harlequin

On méprise trop les romans sentimentaux. Prenez Harlequin par exemple. Voilà une maison d'édition qui se classe régulièrement, sinon parmi les meilleures, du moins les bonnes ventes de la profession. Ici, le critère quantitatif suffit pour apprécier la qualité de la marchandise. Un marchand de soupe ne fait pas dans la gastronomie. L'essentiel pour lui est d'écouler suffisamment d'hectolitres pour nourrir son compte de résultat. Nul mépris en cela : au contraire, adapter l'analyse à ce que le sujet veut donner à voir.

 

Mais que nous dit donc ce critère quantitatif de la qualité de la soupe ? Au moins ceci : qu'elle est suffisamment addictive pour donner l'illusion de la lecture à une frange de la population. Les études marketing d'HQN décrivent le portrait robot de la lectrice : plutôt âgée et assez tapée pour s'envoyer une bonne dizaine de bouquins par mois pour les plus fidèles. Ici, pas de retour, pas de pilon : mais que font-elles donc de ces oeuvrettes passée la date limite de consommation ?

 

La répartition des collections Harlequin, environ une vingtaine, de Bleu Azur (reines et princesses) à Blanche (pédiatres et kinés) en passant par' les "nouvelles marques" Mira (polar) ou Jade (ultra-romance), décrit une hiérarchie précise de lecture(s). Elle s'efforce de répondre à des demandes bien identifiées : se distraire, émouvoir, angoisser, faire rougir... Chacune considérée comme un segment marketing.

 

Ces segments correspondent aussi à différents "degrés" de lecture. On ne cherche pas à vendre "de la littérature" à la cliente qui achète un exemplaire de la collection Blanche (intrigues médicales). En revanche, celle qui investit dans un Best ou un Mira (grand format) doit avoir la sensation parfaite d'acquérir un "objet de lecture". Ce qu'elle achète représente plus qu'une différence quantitative par rapport à un HQN de base : le produit de consommation se fait alors "bien culturel". Par quelle mystérieuse opération ?

 

Ce qui caractérise ce passage d'un statut à l'autre tient à la surcharge de signes : la quantité, encore. Pagination quatre fois supérieure au moins, reprise de codes culturels issus d'autres univers que la culture "maison" (couvertures noires, bandeau jaune, titres choc, au lieu du rose, bleu pastel ou ambre). C'est la grande force d'HQN d'avoir su créer sa propre référence culturelle, avec ces petits livres passe-partout, identifiés par couleurs, immédiatement reconnaissables. En se transformant en "objet de lecture", le roman Harlequin perd sa spécificité. Il se coule dans le moule d'autres références, en particulier celles du thriller ou du "grand roman sentimental", la fresque épique dont le parangon restera, à jamais, l'inaccessible Autant en emporte le vent.

 

Voulue, choisie, cette perte de repères résulte d'une tentative d'exporter dans l'univers du roman grand format, donc de la "lecture" au sens de "culture", la logique de marques à l'oeuvre dans la stratégie d'HQN depuis ses origines. Depuis No Logo, de Naomi Klein, on sait que le marquage de notre environnement se fait au détriment du sens, en adoptant justement toutes les apparences de la signification. L'appropriation de l'environnement par les multinationales se traduit par une expropriation de l'individu, d'où cette perte de sens intime, compensée par la surcharge des signes.

 

En adoptant l'apparence de la "culture" - populaire, tout de même : on ne va pas se lancer dans une imitation des éditions de Minuit ! - pour conforter ses lectrices les moins tapées dans l'illusion de la "lecture", Harlequin nous lance sur une piste intéressante : voici tout ce que la littérature n'est pas. Il faut que l'illusion soit parfaite, et la surcharge de signes est là pour ça. Mais l'objectif, ici, n'est toujours pas de donner à lire. Mais d'écouler de la soupe.

 

Ce long texte introductif pour nous amener à ceci : qu'est-ce donc que lire ? Boire, manger ou penser ? Avec Harlequin comme boussole pour nous orienter, sûr qu'on va avancer d'un pas en direction de l'horizon !

 

Je vous montrerai plus tard la voie à suivre

 

Ming

 

PS : Le CNRS s'est penché sur la question "qui sont les lectrices d'Harlequin" ? Vous trouverez ici la notice du bouquin. Et quelques contrevérités intéressantes (Lectrices jeunes ? Certes, forcément... Mais le coeur du lectorat reste "mûr". Et plus elles vieillissent, plus elles sont boulimiques ! 30 millions d'exemplaires en France par an ? Le "vrai" chiffre est plutôt de l'ordre de 12 millions. Et encore : on ne peut se fier qu'aux dossier de presse. Harlequin, c'est quant même de la parano commerciale à l'état brut. Même le CNRS s'y laisse prendre ?

 

21/02/2006

Un appel au calme

Fin de journée

Une douce torpeur m'envahit. Mes collègues de bureau semblent, comme moi, frappés d'apathie, d'autarcie. Chacun penché sur son écran, ses papiers. C'est doux. C'est chaud. C'est utérin. Maman entreprise... Si longtemps que je ne m'étais lové contre toi, en toi. Si longtemps que tu ne m'avais pris dans tes bras. Cette belle chair un peu flasque, blanche, roulant autour de moi comme une bouée échappant à mon étreinte.

Comme je t'aime et te déteste... Comme tu me ravis et m'engloutis, comme tu...

Eh oh, non, je te déteste plus que je ne t'aime ! Faut quand même pas déconner.

C'est pas ton salaire de misère qui va y changer quelque chose. M'acheter d'une goutte de lait, hein ! Déjà beau que je lappe, tiens, prêt au compromis, mais sans compromission... Je te laisse y penser, petite cervelle.

Allez, sans rancune, va. J't'aime bien. Tu m'chauffes. J'te mouille. Faut que j'y aille.

J'te dirais demain où cueillir des clous de girofle en cette saison.

Ming

19/02/2006

Examen de conscience

Loin, très loin de la poésie. Ce n’est censé s’adresser à personne. Et pourtant, il y a ce besoin de l’écrire. La vision unique, c’est-à-dire la poursuite du rêve de la grâce, explique ce phénomène, ce désir pressant. Rien d’autre ne le justifie... Bref, pour te donner une chance d’atteindre ce point culminant de l’expérience humaine, il te faut donner du poids à tes paroles. Leur prix se mesure à leur poids de chagrin en cas de démission au serment envers soi-même qu’elles imposent. Ou devraient imposer, si elles avaient une certaine importance.


Le premier dogme que nous pouvons poser, c’est que seule la conscience attribue cette valeur aux paroles. On devient du même coup le seul juge de ce qu’elles valent. Une certaine valeur sociale se crée par consensus, mais fondamentalement, on reste seul devant ses choix intimes. Les déchirements sont nombreux. Pour l’essentiel, le sentiment d’avoir trahi de trop nombreuses fois la parole donnée.


N’étant pas catholique, pas même vraiment croyant, je n’ai rien pour me fustiger davantage que mes propres remords. Les regrets sont la seule peine que mon tribunal intime dispense. Mais leur exécution par les gens de simple police est définitive.

Tu dois donc être, devenir conséquent avec tes actes. Considérer la responsabilité qu’ils engagent.

Inigo de Loyola s’est imposé une confession de trois jours pour purifier son âme. Je devrais en faire autant. Ce sentiment de trahison est lourd. Il n’aide en rien à avancer. Il pèse sur moi-même, sur l’image que je me fais de moi. Si la conscience seule accorde leur valeur aux actes et aux paroles, est-ce que je ne suis pas obligé de dire ce qu’elle est pour mettre en accord mes actes et mes pensées ? Est-ce que je n’en ai pas l’obligation morale, vitale ? Voilà ce que j’entends dans cet examen de conscience.
Réparer ?

Ah, nous voici en présence de quoi exige un second dogme pour être vraiment logique.

Mais avant, considère aussi les bienfaits et les bénéfices que tu tireras de ta conversion. Libéré du poids du remords. Délivré de ta peur de ne pas exister.

Est-ce pour acquitter le prix de ces bienfaits que tu exiges de moi la réparation de certaines fautes ?
Qu’est-ce que ma vie ? Tu dois maintenant répondre à cette question. Je constate que la fidélité à la parole donnée ne fait pas partie de tes valeurs cardinales. Le poids de ton remords n’y change rien. Tu dois apprendre aujourd’hui ce que c’est qu’un homme, expliquer ton idée sur la question. Ton existence est dépourvue de valeurs et il est facile d’y remédier.

Mais la question que tu soulèves ; est-ce que c’est vraiment intéressant ? Qu’est-ce que j’y gagne ?
Tu n’es pas convaincu.
Il est évident qu’on ne bâtit rien sans un plan directeur. Qu’il faut définir un objectif pour s’en approcher.
Au fond, tu te complais dans la débauche d’inutilité. Tu ne veux surtout rien améliorer. C’est consternant.
Tu as l’impression de jouer aux échecs avec toi-même. Comment la moindre conviction pourrait-elle émerger de tout cela ? Ne ferais-tu pas mieux d’aller te coucher ? De rejoindre le corps brûlant de ta compagne ?

Il y a usure. Maintenant, pour avancer, il faut que je mobilise ma volonté, que je guide mon idée. Que je la travaille.
Je parlais aussi de poursuite de la grâce. Le rendez-vous qu’on attend, perpétuellement manqué. Le besoin futur, si vous voulez : ce concept dont on entrevoir les contours dans leur totalité, ce qui permet d’en tracer parfois les grands traits, d’en prélever quelque chose de temps en temps, mais qui n’existe pas en vrai, voyez. Le moteur et le fantasme de l’existence.

Tu as besoin de reconstruire des bases. De savoir d’où tu parles, de savoir d’où tu viens, où tu veux aller. Mais comment ? Comment le faire vraiment ?
Une sorte de religion ? De travail mystique sur soi-même ? Un lent abrutissement dans un fauteuil après un joint ? Une histoire de temps en temps ? ça, ce serait déjà pas mal.


Mais tu voudrais faire les choses dans l’absolu. Comme si un patient travail d’imitation et de mise en place pouvait remplacer un véritable élan créatif. C’est de cela dont nous parlons. Non de gammes et d’exercices : pas seulement. Ils seront la cerise sur le gâteau, s’il y a lieu.


Je te dirai demain comment trouver de la soupe un dimanche

 

Ming

21/09/2005

Mais a quoi bon ?

OUi, à quoi bon ?
C'est quand même la question qu'on doit se poser chaque jour à chaque instant. Sinon, la vie perd de son sel...
Bref, en ce moment, je regarde le boulot s'entasser, je me cache de mes employeurs, je les évite. Ils me le rendent bien : pas de nouvelles, bonnes nouvelles, semble signifier leur (relatif) silence.
Il y a quelques années, j'avais encore la foi chevillée au corps : bosser, pitain, c'était 'achement bien. Me baladais sur les grands boulevards, éreinté par une journée derrière le telephone ou l'ordi, ou les deux, un sentiment assez doux m'emplissait les artères. Il me fallait un bon joint pour remettre les pieds sur terre — ou ne plus sentir la terre, ce qui revient au même.
Maintenant, cela me semble vaguement absurde. Tous ces gens bien sapés qui fouettent le vide de leur manche de costard... A quoi bon ? Les grands boulevards sont toujours aussi beaux, surtout avec cette rémission de fin d'été. Mais je me sens étranger à ce qui sert maintenant de décor à cette vague nostalgie. Ah, la nostalgie ! en voilà une invention du tonnerre ! Un poison pas subtil du tout, ouiche !

Je te dirai une autre fois comment se transformer en éponge au fond de l'ocean

Ming

18:30 Publié dans toutes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Journaux personnels

Bien le bonsoir

Il va de soi que l'esprit du blog est le direct. On le trahit lorsqu'on prépare ses notes à l'avance, lorsqu'on peaufine ses textes, lorsqu'on réfléchit au sens de sa démarche. Car au fond, le projet, du moins dans cette communauté, reste toujours le même : se mettre à nu. Et il n'y a pas quarante façons de le concrétiser. Oui, mais voilà...

Se déshabiller en direct est un concept riche. Chacun y trouvera ce qu'il a envie d'y trouver. Certains bloggeurs fascinent par l'attention morbide portée à la moindre imperfection de leur épiderme. D'autres par la facilité avec laquelle ils détruisent et reconstruisent une image d'eux-mêmes en l'espace de quelques mots. D'autres par la qualité théâtrale de leur mise en scène. D'autres enfin par l'intérêt et la sincérité de leur témoignage : je pense au blog de Martin Brisac, par exemple. Une vie, après tout, peut aussi être exemplaire, au sens large du mot.

Mais tout cela s'improvise-t-il vraiment ?

Je conçois l'irritation de mes lecteurs : en voilà un, se disent-ils, qui ne va pas au bout de ce qu'il annonce. A peine a-t-il débuté son blog, proclamé son intention de ne rien garder pour lui, qu'il s'entoure de précautions pour ralentir l'effeuillage. Qu'il se refuse à toute sincérité, s'entourant d'oripeaux de plus en plus ténus ou de rituels toujours plus compliqués.

Qu'importe : la façon dont on se dévêt — ou refuse de se dévêtir, quand bien même on s'est piégé soi-même en grimpant sur scène, révèle quelque chose de soi. Bien sûr, cet aspect-là n'a rien de spectaculaire pour le voyeur que tu es, faux frère ou soeur. Mais pour moi, il est peut-être vital. Y as-tu songé ?

Ainsi, c'est en m'adressant à toi que je me rencontre. Moi, moi, moi ! Finalement, tes états d'âme, je les lirai sur ton blog : laisse-moi donc le mien. Même si les préliminaires t'agacent et que ma lenteur t'irrite. Qui sait où tout cela nous mènera, soir après soir ?

Je te dirai demain comment attraper des mouches sans vinaigre. Si tu es sage.

Ming

18:25 Publié dans Binz | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Journaux personnels

13/09/2005

Trop plein

Je suis sur que vous vous etes demandé d'ou venait cette sensation de trop plein dont je faisais mention dans mon dernier mail. Eh bien, permettez-moi d'y répondre en vous narrant une anecdote quotidienne. Lorsque je remplis une casserole d'eau, par exemple pour préparer le thé, je commence presque toujours par la faire déborder, avant de reverser l'eau par petites quantités et de déposer la casserole sur la plaque électrique. A cet instant précis, je dois encore lutter contre la tentation de remettre de l'eau dans la casserole dont le niveau me paraît soudain ridiculement bas.

C'est un tic, une manie, une de ces petites choses que j'accomplis en me disant à chaque fois que c'est idiot. Mais c'est plus fort que moi. C'est comme si un autre agissait à ma place, que je regarde faire en spectateur vaguement frustré. Et je me demande à chaque fois qui est cet autre. Et jusqu'où s'étend son territoire, qui empiète ainsi sur le mien — ou ce que je croyais tel.

Car la question est bien là : si un autre agit à ma place par instants, ce sont seulement les moments où je m'aperçois de son existence. En réalité, il s'agit peut-être de maladresse de sa part : plus souvent, il sait se faire discret, ne se montre pas, travaille en sous-main, m'utilise pour accomplir sa volonté — laquelle ? Mais ses maladresses révèlent cependant qu'il n'est pas si habile qu'il le pense : comment se fait-il qu'il commette chaque fois la même ? Est-il lui aussi victime d'un autre en lui qui parasite la netteté de ses gestes ? Mais alors, où s'arrête cet enchaînement de moi(s) en abîme ? Et qui commande ici, à la fin ?

Voilà que cette casserole d'eau me met en ébullition. Quoi de plus dérangeant que cette hésitation entre trop plein et pas assez, ce débordement compulsif à remplir et vider l'eau, toujours suivi de ce doute fugace au moment d'allumer la plaque électrique : en reste-t-il assez ? Mais cette casserole n'est pas victime de ces hauts et bas par hasard : tout comme moi, multiple, puisqu'incapable de connaître la raison profonde de ces actes.

Dont acte. Il est temps pour nous d'aspirer enfin au chaos qui règne en nous...

je vous dirai demain comment pécher des petits pois au lancer par temps calme

Ming

05/09/2005

Et autres confusions

Salut les aminches

donc je me demandai le pourquoi de ce perpetuel sentiment de confusion, non plutôt... de vide.

De VIDE !!!

Il y a du vide en moi alors que je suis en trop plein !
Je me calme : ce n'est là qu'un des paradoxes de notre nature profonde, qui en est riche. Ou alors carrement appauvrie : je ne sais plus, les extremes se rejoignent. Le haut, le bas, le vide et le trop plein, la gauche et la droite.

Z'avez entendu parler de la théorie des cordes ? Selon quoi, les particules élémentaires seraient le resultat de la vibration de cordes infinitésimales, peut-être miinuscules, peut-être si enormes qu'on ne les voit pas. Voyez le bordel...

Mais j'aime bien le mot : des cordes, encore un truc pour mieux nous attacher, ma petite Cruella !
Ou alors, il pleut des cordes — mieux, sans le savoir !

Boarf, je vais quand meme pas vous donner des nouvelles de mon chat !

Allez, au dodo !

Je vous dirai demain comment resoudre une equation sans l'aide d'une inconnue

23:45 Publié dans Binz | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Journaux personnels

30/08/2005

The return of no river

salut les aminches, c'est ce bon vieux Ming, de retour enfin...

Que j'vous dise....
L'hyperscience sans ultraconscience n'est que ruine du tout !

Je vous exposerai demain mes remèdes contre la hausse du carburant...

Si vous etes sages

Ming

05/07/2005

Saleté de machine

un mot encore

Ce truc me déconnecte intempestif, je râle, je crise, rien n'y fait. On est dependant de la technologie ou quoi ?

Que je vous dise encore. Mon epouse l'imperatrice me sidère par son eclatante lucidité. Oh, trois fois rien, des petits détails, une manière de parler, une reflexion au détour d'une conversation en maille de filets... Va falloir que je lui dise, ça pourrait relancer les feux de la passion. Avant qu'on décide d'une stratégie moins fusionnelle pour mettre un terme à cette hécatombe de bons mots...

La dernière fois, tiens, alors que je trainais au balcon du château, fumant mon havane du soir, voici que passent deux pauvres hères sévère alcoolisés. Me tapent du feu, comme il sied. Mais l'un d'eux avait une requête : "Sire, dit-il, j'ai couché avec une amie de longue date mais n'entends point lui donner les enfants, le HLM et les vacances en Corse qu'elle espère maintenant de moi. Que dois-je faire ?"

Eructations grommeleuses de son compagnon, un frais barbu au catogan dénoué. "Aaaah pitain, tu dois lui dire, Karim ! T'as pas le choix ! Faut être honnête avec les meufs !"

tiens, je l'avais jamais entendue, celle-là ! Joyeux drille !

Moi, plus posément, comme il sied : "Et pourquoi cette pénétration ?"
- Aah, sire, l'appel de la bite ! C'était géniaaaal !
- Mais peut-être l'aimez-vous alors ?
- Naaaan, je pensais à une autre !

celle-là, je l'avais déjà entendue. Vous aussi, sans doute. Mais qu'importe...
Ce garçon était prêt, disait-il, "à lui pourrir la vie jusqu'à ce qu'elle comprenne."

Que vouliez-vous que je dise ? "Invite-la au resto, fils, et dis-lui quoi ? Eh ben, la vérité !"

J'ai jamais aimé une meuf comme toi mais j'me sens piégé sec...

Vous l'aviez déjà entendue ?

Je vous parlerai demain de mes solutions pour remédier à l'état de cette planète

Ming

13:00 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Journaux personnels

Mille excuses

Je fais un sale boulot
et je le fais salement...

Belmondo dans Le voleur, de Louis Malle.

Evidemment, je trouve là un echo particulier quant a ma situation. Car, voyez-vous, bon peuple de mes souvenirs, au hasard d'un blog, le témoignage de ce chercheur d'emploi en déshérence (ou en errance tout court). (j'aurais voulu glisser un lien pour dresser un tableau complet de la situation, voila que le blog s'est perdu dans les méandres... Une defaillance technique, sire... Vous me réparez ça vite fait, OK.)

Bref, "les conseilleurs ne sont pas les payeurs" explique ce garçon, non sélectionné pour un job en raison d'un manque supposé de "mobilité" : moche moche moche. Voyez-vous, je ne me préoccupe pas seulement du sort de la planète. Je bosse aussi au château en ce moment, occuper à rédiger l'ultime guide sur les CV (je vous tiendrai au courant de la date de parution, en octobre prochain). Et je me dis que merde, personne ne trouvera le moindre petit bout de la queue d'un job avec ce genre de littérature. Ah, ce n'est pas mon vaste talent qui est en cause ! Simplement, le rayon où je me situe : recherche d'emploi, avec tous les aléas que ça suppose. Je préciserai plutôt que les conseilleurs ne sont pas forcément les mieux payés

Alors quoi ? Bukovski disait que plus personne n'essaie de faire correctement son boulot, d'où le bordel ambiant. Ouaip, certes, on voit certains blogs décourageurs qui expliquent que, puisque la planète est foutue finie, autant s'en branler. Pas totalement tort, je te l'accorde raide. Mais je prefère encore ma meute sauvage et ma steppe venteuse à une après-midi en compagnie de ces crocs mous !

Ming


03/07/2005

Déblogage

Il est temps que je m'y mette.

Unique lecteur de mon blog imperial, songer au pourquoi du comment.

Bon, on se demande bien un peu pourquoi tant d'agitation... Je lis à droite à gauche sur d'autres blogs que la planete est foutue, le climat se rechauffe, rien ne va plus, un gugusse envoie ses couplets favoris de La Marseillaise, des marques de biere préférées, non au tofu, vive ou à bas la constitution (on a deja voté, non ?) les aventures d'un ourson dans le cyber...

Perso, en tant qu'empereur, c'est surtout mes etats d'ame qui me bottent. Pas meme en chercher un echo ailleurs sur cette toile. Non, juste baliser le terrain, le mien. Qui m'aime me suive et le contraire me rassurerait.

Donc

M'est avis qu'on est surtout là pour se poser la question du pourquoi on y est

Trefle de plaisanterie : je te la laisse pour rien

Cette satanée fee m'est encore apparue. Cette fois, elle disait "Chacun finira par s'apercevoir qu'il connait la meme blague".
Oui donc...

Je commence par enlever mon t-shirt. Je peux toujours dire qu'il fait chaud. Mais non, un pretexte. Moi, le temps qui tiedit me dérange point.

Je trouve pas du tout que ce soit une blague, en fait.

mais qui est cette fee ?

Une antienne. Un gimmick. Une ritournelle. La seule que... Non, vraiment, un acces de pudeur encore. Je ne peux pas. Je ne peux tout simplement pas. Je ne vais quand même pas me forcer.

Je vous donnerai demain mes explications concernant la revolution

voici toujours une quille jaune à planter bien en évidence sur le sable. ON ne sait jamais, des fois qu'on repasserait dans le meme coin un de ces jours. Plage déserte.

Ming






La cucarracha

Incapable de maîtriser mon impatience — je bouts, je bouillonne, j'éructe !!! — voici le début, donc, de ma seconde profession de foi.

La fée, il faut dire, m'est apparue à nouveau.
Reaction immediate.

Comment se faire des amis donc. Mais qu'est-ce qui m'a pris d'intituler comme ça cette note ? Et comment la faire disparaître ? Un coup d'epée dans l'eau ? Dans quel sens ? De dessous la surface ? Ou de dessus ?
L'amitié, pauvre hère que tu risques de rester longtemps, passe désormais par le blog. Oui, c'est ce qu'on entend.

Ah Ah Ah

Car en plus de vision, j'ai des hallus auditives. C'est bien ma veine.
Jamais je ne pourrai tenir un journal sur le blog. C'est un truc de dingue. Je me vois très bien rhumatisant des phalanges sur mon clavier, pissotant ma copie virtuellle, pour quoi faire nom de dieu ? Au moins, chez un psy, tu payes !!! Tu te sens délesté, plus léger. Tu ne peux pas payer pour rien, ce n'est pas possible, non !

Tandis que là....
Cette gratuité... épuisante !

Ming

Je vous parleraii demain de mes solutions pour bouleverser la galaxie

Mise a nu

Je n'étais qu'un pauvre here lorsque la fee du haut debit m'a tendu son epee a travers la surface de la mare où elle se cachait depuis des millenaires. "Va donc eh couillon, creer ton blog, c'est pour ton bien, va, va va".
Mon bien que j'lui reponds ? Mais elle avait deja disparu et me v'la parcourant la lande, chevauchant mon destrier, cette epee sous le bras qui me tailladait les mollets.

MON BIEN ?

D'abord est ce que ça existe un truc comme ça ? Je pouvais toujours me dire que la fee avait suppose en moi l'existence d'une parcelle d'insouciance, un truc du genre a vous plomber son empereur pour un moment : mon bien, sans doute, à ses yeux... oui, quelque chose du genre, exprime-toi, donc mise a nu, donc blog... c'est moderne, c'est pas cher et voilou.

Le Bien, vois-tu, pauvre here que je suis toujours, c'est certainement pas ça...

Oh et puis si, peut-etre apres tout. Et c'est ainsi que l'Empereur Ming, arrive dans la ville de Stenochtitlan, apres avoir bu force tequila, cherchant dans le fond de son verre la solution à ces plaies saignantes sur ses mollets, se decide a creer son blog.

Bref, vous vous en foutez et moi aussi. Mais nous voici ensemble pour un moment. Pourvou que ça doure !

Ming

Je vous parlerai demain de mes preconisations pour sauver l'univers